• NEW YORK

    Certaines oeuvres de la série NEW YORK sont actuellement exposées à la galerie Tournemine de Gstaad.
    Lien : http://tournemine.com/fr/artistes/oeuvres/35/alexis-reynaud

    INTRODUCTION – Texte de Laure Mi Hyun Croset 

    Avec sa récente série de photographies New York, Alexis Reynaud propose avec brio une vision puissante et personnelle de la célèbre ville américaine. Sur ces images d’un imposant format, elle apparaît complètement métamorphosée, à peine identifiable.

    Ce qui frappe d’emblée, c’est l’aspect massif de la mégapole qui, loin d’être composée d’une forêt de gratte-ciel s’élevant vers le ciel, se présente comme un bloc minéral parsemé d’ombre se développant plus à l’horizontale qu’à la verticale. En effet, loin de la sempiternelle skyline, nous découvrons des pans de buildings en plan rapproché, présentés légèrement de biais, évoquant un équilibre précaire malgré leur aspect colossal, et éclairés par une lumière dont la source semble multiple et indéfinie.

    Il s’agit en vérité d’un assemblage savant de trois photographies prises presque au même moment et dans le même quartier, conditions favorisant la cohérence qui cimente les images. Elles représentent des groupes d’immeubles ou un même bâtiment mais pris sous trois angles différents.

    À l’encontre de la photographie d’architecture traditionnelle où les constructions sont représentées droites et s’élevant vers le ciel, ces images nous permettent de voir d’un œil neuf la célèbre mégapole, loin des poncifs qui guettent souvent les représentations de New York et dans un esprit pour le moins iconoclaste. Si l’on reconnaît plus ou moins consciemment certains bâtiments, on découvre surtout une autre New York : celle fantasmagorique du photographe. On a affaire là, traduite sous une forme graphique, à la perception unique, singulière, sensible, très personnelle que le photographe a de cette ville dont il a tant rêvé. Elle est certes rutilante, mais en déséquilibre, privée d’horizon et vidée de ses habitants (dont la trace réside essentiellement dans les fenêtres illuminées et les publicités qui doivent bien être destinées à un public).

    La ville serait donc à l’image de ce CAC 40 (New York 16-026) emblématique, qui apparaît à la fois démultiplié, sériel, inhumain et prêt à sombrer. Cette cité imaginaire nous en dit paradoxalement autant, voire davantage, que des représentations véritables de cette dernière. Tendant vers l’abstraction, la New York des photographies d’Alexis Reynaud constitue un véritable écran sur lequel projeter ses fantasmes. La fascination pleine d’ambivalence, que l’on retrouve chez l’artiste dans d’autres séries, telles que Hong Kong Matrix, Passengers et City Ships, pour ces constructions à la fois tentaculaires et humaines nous plonge dans une rêverie qui est évidemment aussi la nôtre !

    Laure Mi Hyun Croset