• SKIERS

    LES PETITS SKIEURS DE ALEXIS REYNAUD 

    Après avoir exploré les mégapoles à travers le monde, le photographe Alexis Reynaud propose une nouvelle série :  « SKIERS »  « l’homme perdu dans l’infini ».

    Ils sont minuscules, à peine visibles au premier coup d’œil puis, lentement, comme si l’on avait fait la netteté ils apparaissent comme des petits skieurs qui se confrontent à la montagne. Où sont-ils ? à quel moment de la journée ? Avec ces photos volontairement surexposées et non retouchées Alexis Reynaud jette le doute ; «parfois les gens pensent que ce sont des dessins ou des calligraphies et n’ont pas le sentiment d’être devant une photo, j’aime bien enlever les repères, l’on doit recréer l’image par soi même».

    SKIERS est la continuation de ce que Alexis Reynaud a commencé en 2005, mettant en scène des mégapoles telles que Bangkok, ou il questionnait la place de l’Homme dans cet environnement urbain.

    Ces images, prises dans les Alpes, presque lunaires, ou les perspectives sont effacées et les gens réduits à de petits points se confrontent avec l’étendue d’un blanc immaculé de cette montagne indomptable. 

    ESSAI DE F. ELKAIM 

    Avec la série des skieurs, nous arrivons à la racine du propos sur la fonction photographique qu’Alexis Reynaud nous invite à revisiter. Depuis la renaissance et l’invention de l’illusionnisme de la troisième dimension, les artistes se sont évertués à rechercher la place de l’homme et sa représentation dans le monde. Avec ses étranges images, Alexis Reynaud nous montre une autre utilisation possible de la perspective qui s’inscrit dans cette exploration.

    Que se passe-t-il ? Une station de Ski bien connue de ce pratiquant genevois, lui-même perdu si souvent depuis son enfance dans les pensées que ces immensités blanches suscitent entre le détail et l’infini… Des individus qui tous suivent une trajectoire propre, se croisent et se décroisent, sans que l’appareil puisse enregistrer autre chose que des points noirs, des fantômes de fourmis garnissant étrangement cette surface immaculée. Parfois, des individus reconnaissables au premier plan, qui possèdent encore une individualité, laquelle s’efface très vite, dès que la distance les ramène à l’anonymat d’une image.

    Dans ces photographies, point d’obstacles à la vue, de couleurs ou d’architectures qui viendraient brouiller la frontalité du malaise. Oui l’individu est broyé dans une station de sports d’hiver qui elle-même soumet la montagne à ses caprices, oui, il suit une ligne tracée, une piste bien balisée et oui, il fait partie d’une immense machinerie qui fait fi de sa singularité.

    C’est cette dualité entre le ludique et l’angoissant, le luxueux et la vanité, entre « une » personne et personne, entre son esthétique toujours à l’œuvre et son sujet d’une telle sobriété qu’il confine au rien lui-même, à une forme d’abstraction, que se situe toute la force du travail d’Alexis Reynaud, qui, devant nos yeux, trace une cartographie de l’humain dont les repères et jusqu’à sa silhouette se sont perdus…

    Texte de Frédéric Elkaim

    PRESSE : PARIS MATCH ARTICLE SKIERS ALEXIS REYNAUD